Hommage à Jeanne Dufour

Hommage à Jeanne Dufour
publié le 11/02/2015 

Jeanne Dufour, présidente du Comité Scientifique du Parc naturel régional Normandie-Maine de 1996 à 2005 s'est éteinte le 11 février 2015.

Professeure émérite de l'Université du Maine qu'elle quitta en 1988, elle avait consacré l'essentiel de ses recherches à la géographie rurale. Sa thèse, soutenue en Sorbonne en 1979, a pour titre : « Agriculture et Agriculteurs dans les Campagnes mancelles ».  Historienne, elle reconstitua, autant que faire se peut, les paysages agraires sarthois celtes, gallo-romains, francs grâce à la toponymie, les progrès des défrichements pendant le premier millénaire en recourant au cartulaire de l'implantation des abbayes et aux noms de villages dédiés à des saints. Les plans terriers antérieurs à la Révolution française, les vieux plans cadastraux du début du 19ème siècle, les photographies aériennes des années 1950 lui ont apporté des témoignages de l'évolution des paysages agraires sarthois, bocages, openfields, commandée dans le détail par la qualité des sols en fonction de la topographie. Les bases géologiques, morphologiques, pédologiques, climatologiques, botaniques, conduisirent J. Dufour à identifier 23 « pays agricoles » dans la diversité du territoire sarthois présentant chacun une forte homogénéité mais dont la richesse ou la pauvreté dépend de tous ces facteurs.

Elle suivit l'évolution des paysages agraires, qui dans les campagnes sarthoises, évoluèrent du bocage à l'openfield, mais aussi à plusieurs reprises de l'openfield au bocage.          - Réflexions sur le bocage sarthois. (L'Agriculture Sarthoise 1970).

- De l'openfield au bocage : l'évolution des paysages agraires dans les campagnes du Maine (1972).

- Un bocage tardif et éphémère : le bocage de la campagne de Conlie (CNRS, 1976).

Malgré la diversité des terroirs, une certaine uniformisation de l'agriculture sarthoise apparut au 19ème siècle en raison de l'extension du pommier à cidre et de l'élevage bovin. Mais cette uniformité éclata après la seconde guerre mondiale par l'essor de l'élevage industriel du porc, des bovins et des volailles, la mécanisation agricole, la culture conquérante du maïs hybride, le développement des vergers basse-tige, l'irrigation, le tout stimulé par des organisations agricoles influentes. En conséquence, la Sarthe rurale était devenue en 1980 une mosaïque de « pays » où les productions agricoles étaient en accord avec les conditions naturelles.

Parallèlement, la pression du développement urbain s'exerça sur les campagnes, notamment sur les bois, et celle de l'industrialisation sur la vie rurale :

- Les bois autour du Mans et la pression urbaine (travaux et documents du Groupe de Recherche en Géographie sociale de l'Université du Maine, 1984).

- L'influence des villes sur les campagnes sarthoises (1966).

- L'influence de l'usine Renault du Mans sur la vie rurale du département de la Sarthe (Norois,1961).

En conséquence, les campagnes se dépeuplèrent, le nombre des exploitations diminua, la course à l'hectare s'accentua et la Sarthe rurale ne fut plus un monde de paysans mais un monde d'agriculteurs adaptables aux évolutions économiques.

Née au Mans en 1928, Jeanne Dufour est une campagnarde sarthoise, élevée d'abord à Boessé-le-Sec puis à Lombron, là où elle repose, et où ses parents furent instituteurs à l'école de garçons. Bachelière en 1947, Jeanne prépara les grandes écoles à Paris et y affina son goût pour l'histoire. Elle poursuivit ses études en Sorbonne, soutint un diplôme d'étude supérieure sur le « Pays de buttes au nord-est du Mans » qui l'orienta vers un historique des paysages agricoles et transforma l'historienne en géographe ruraliste passionnée. Agrégée d'Histoire-Géographie en 1954, elle assura pendant 8 ans sa charge de professeur de lycée à Saumur, puis à Poitiers tout en poursuivant pendant son temps libre, ses recherches en géographie. Distinguée par ses premiers travaux, en 1962, elle entra au Centre National de Recherche Scientifique. Puis, en 1966, Jeanne intégra comme maître-assistant, le Collège Littéraire Universitaire du Mans, dépendance de l'Université de Caen. Elle y devint, responsable de l'Institut de géographie naissant. Elle avait retrouvé sa Sarthe natale. 

Son travail et son dévouement à la ruralité lui valurent d'être élevée à la dignité de Chevalier du Mérite agricole, de Chevalière dans l'Ordre des Palmes académiques, de Chevalière de la Légion d'Honneur.

Retraitée, Jeanne devint commissaire enquêteur, Personne qualifiée pour la protection de la nature. Elle continua de transmettre ses connaissances aux étudiants du Centre Universitaire d'Education Permanente. Elle poursuivit ses recherches (Traditions des volailles fermières dans le Maine : des poulardes d'hier aux volailles de Loué. Société d'Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe. 1995). Elle fut d'ailleurs vice-présidente de cette ancienne société savante.  Elle participa à la rédaction d'ouvrages sur le Maine (édition Bonneton, 1988), sur la Sarthe (édition Bordessoules, 1983 ; édition Siloë, 1988) sur les Alpes mancelles (J. Dufour et E. Moinet, imprimerie Fresnoise, 1998), sur l'évolution des paysages (De la friche au boisement. Norois, 1994), (Perceptions et représentation de la forêt ; l'Harmattan, 1997).

Son œuvre servira toujours de référence et le Parc naturel régional Normandie-Maine se félicite de l'avoir eue comme présidente de son Comité scientifique.

Guy Mary
Président du conseil scientifique du Parc Normandie-Maine

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